Michaël “Bass” Verbauwhede, nouveau président de la FEF, a répondu ce week-end aux questions du journal L’Avenir Luxembourg. Nous vous restituons ci-dessous l’interview signée Jean-Claude Fonck.
Michael Verbauwhede, vous êtes depuis le 1er août président de la Fédération des étudiants francophones (FEF). Quel est votre parcours ?
J’ai terminé mes études secondaires au séminaire à Bastogne, j’ai ensuite suivi un BAC en histoire et en droit aux Facultés universitaires de la Paix à Namur. Je me suis “exilé” à Bruxelles pour y effectuer un master en droit public à l’ULB où je suis en dernière année.
Comment devient-on président de la FEF ?
Étant à Namur, j’étais déjà président de la AGE (Assemblée générale des étudiants), cela m’a amené dans le conseil de la FEF. Ensuite, j’ai été pendant deux années responsable des campagnes «ResPACT » et « Sauvez Wendy ». En avril, s’est posée la question de la relève de Romain Gaudron (NDLR : d’Arlon) qui se présentait sur une liste électorale. Et me voilà président !
En quoi consiste la campagne « Sauvez Wendy » ?
Wendy est étudiante. Le coût de ses études, elle le connaît. Comme tous les étudiants, elle doit payer son inscription, ses syllabi, son kot, ses transports, ses repas. C’est un fameux boulet qu’elle doit traîner pour devenir un jour juriste, vétérinaire, ingénieur ou assistante sociale.
Pour sauver Wendy, la FEF se mobilise pour que le gouvernement réduise les coûts directs et indirects des études et concrétise ainsi ses engagements dans le cadre des propositions de la FEF.
L’objectif ?
Nous voulons nous battre pour réduire le coût des études. Nous voulons un refinancement de l’enseignement à hauteur de 7 % du PIB dont 2 % pour l’enseignement supérieur.
Pourquoi la FEF exige-t-elle la suppression du numerus clausus ?
Nous constatons que notre pays manque de médecins, de généralistes, on importe chaque année des centaines de médecins étrangers. Le cadastre de la ministre de la Santé et le Forem sont du même avis, il y a pénurie de généralistes et spécialistes. Nous voulons l’ouverture des quotas et la fin des sélections à l’entrée. Chaque jeune doit pouvoir accéder sans barrière à la profession en rapport avec ses études. Nous ne voulons pas que cela se fasse au détriment de la qualité, nous voulons plus de maîtres de stages, du matériel et des locaux en suffisance. C’est aussi la qualité de la médecine qui est en jeu.
« Étudier doit être un droit »
Pour vous, les étudiants ne doivent pas travailler pour payer leurs études. Que suggérez-vous à la place ?
Étudier doit être un droit, pas un privilège pour les mieux nantis ! Beaucoup d’étudiants travaillent pour payer leurs études, leur kot. S’ils travaillent, ils brossent et négligent leurs études. Donc il faut supprimer progressivement les mesures encourageant le travail étudiant ; tout en l’accompagnant de mesures visant à réduire le coût des études.
Une des revendications est la gratuité des transports en commun avec un billet commun. Qu’est-ce à dire dans le concret ?
Pour venir de Bruxelles à Arlon ce matin j’ai utilisé trois réseaux différents : STIB, SNCB TEC. La FEF revendique la gratuité avec un billet unique valable sur tous les réseaux de transports en commun.
Vous souhaitez également réformer la loi sur les baux.
La FEF revendique une législation adaptée pour les locations de logements étudiants.Ce cadre doit prévoir notamment des contrats de dix mois au moins prolongeables jusqu’à douze mois ; une garantie locative n’excédant pas un mois de loyer ; une possibilité d’une sous-location par exemple dans le cadre d’un départ en Erasmus, en stages.
À l’instar de Jean-Marc Nollet, Philippe Henri, Romain Gaudron : la présidence de la FEF n’est-elle pas l’antichambre d’une future carrière politique ?
Je n ‘ai pas de carrière politique en tête, ce qui n’exclut pas qu’un jour j’entre en politique. Ce qui m’intéresse pour l’instant, c’est d’enseigner ou de faire de la recherche. donc la politique n’est pas du tout à l’ordre du jour.
Encart:
Des kots qui frôlent l’insalubrité
Selon le président de la FEF, outre l’instauration d’un bail spécifique pour les étudiants, les pouvoirs publics doivent jouer un rôle plus important sur la question du logement. La région bruxelloise compte trop peu de logements publics étudiants. Cette situation de pénurie de logements publics oblige les étudiants à se tourner vers des offres privées qui aboutissent, par un mécanisme d’offre et de demande, à augmenter des loyers demandés aux étudiants. « Cette pénurie encourage également certains bailleurs peu scrupuleux à louer des biens de moindre qualité que des étudiants qui n’ont que peu de moyens se voient contraints d’accepter.»
Nous pensons que, dans un premier temps, la construction de 4 000 nouveaux logements publics en région bruxelloise permettra de répondre à cette situation. Ces logements devront être gérés soit par la Région soit les établissements d’enseignement supérieur eux-mêmes. »
En Wallonie également, certains sites connaissent des pénuries de logement. Nous pensons particulièrement à Louvain-la-Neuve. La ville a encore fait l’actualité récemment en raison des files de plusieurs jours d’aspirants locataires. Comme à Bruxelles, les loyers augmentent et les biens frôlent parfois l’insalubrité. Si l’UCL dispose d’un large parc locatif (néanmoins insuffisant), il n’existe rien de tel pour les étudiants des hautes écoles de plus en plus nombreux sur le site.
« Nous proposons donc la construction de 1 000 logements étudiants publics sur les sites wallons où une pénurie se fait sentir. »
(Source: L’Avenir Luxembourg – le 9 août 1985)